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site le 22-04-2004
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| ---------L'Institut
Culturel français de Tripoli a organisé une conférence
fort intéressante et stimulante pour la réflexion, donnée
par un historien connu en Algérie: Benjamin Stora, spécialiste
du mouvement de libération nationale avant la lutte armée
et de la guerre d' Algérie. D'autres petites touches, à la faveur de programmes de télévision (TV 5) ou de la programmation de l'Institut Culturel Français, ont remué en moi, ce qui était tassé et suscité quelques réflexions dont l'objet sera de porter le pendant de ce que disait Stora, vu non pas du côté français, mais algérien, par la même génération, et en bonne partie, avec les mêmes référents : ceux des " honnêtes hommes " comme ils étaient décrits dans " Lagarde et Michard " mais aussi certaines autres valeurs, qui viennent de l'Orient (1). De plus, Tripoli où je séjourne depuis trois mois, la ville et certains de ses habitants ou de ses quartiers, la vieille ville bien sûr, mais pas seulement, me rappellent tellement Alger d'il y a 30 ou 35 ans, au début de l'Indépendance. L'atmosphère politique qui y prévalait aussi, bien que différemment. ---------Ma contribution est une tentative de discussion, avec les autres acteurs de l'Histoire de cette période et de la relation algéro-française, voire, euro-maghrébine. Car finalement, seule cette génération là peut comprendre ce qui a pu se passer du côté des algériens, après l'été 1962, pour ceux d'entre eux, qui sans avoir coupé, loin s'en faut, avec leurs valeurs propres, avaient été fortement " imbibés " de certaines valeurs françaises et européennes. Ils devraient pouvoir être les moteurs de la reconstitution des nécessaires flux d'échanges les plus divers, aujourd'hui, dans le contexte de la " mondialisation". ---------Cette manière de voir mérite aussi, de faire partie de l'Histoire commune, qui ne serait ainsi plus seulement celle dominante du côté français, des pieds noirs ou des courants politiques franco-français, ou par ailleurs, la seule vision des algériens, version " ceux qui ont gagné la guerre " .(2) ---------L'un des actuels Ministres de la République, je parle de l'Algérie, me disait un jour, que nous avions été formés sous la quatrième république française, par les instits porteurs des valeurs de la troisième république pour une cinquième république que nous n'avons pas eue. Cette "amputation" me ramène d'ailleurs à l'esprit d'un ami, camarade de classe dont j'ai perdu la trace, et qui reste dans mon cur, et au sujet duquel j'ai fait une fois référence au "syndrome du membre amputé" : nous étions en 1955 assis lui et moi, l'un à côté de l'autre à l'école primaire, l'école annexe de l'école normale, de Bouzaréa où (l'école normale) sont passés tant de gens y compris, Mouloud Feraoun , mais aussi si je ne me trompe pas, Albert Camus. Nous avions d'ailleurs avec nous, curieusement, un Stora, je m'en rappelle bien, et j'ai encore la photo de notre classe. ---------1- Benjamin Stora, avait retrouvé dans sa mémoire, dès que, en me présentant, j'ai dit mon nom, la trace de mon propre père parmi les milliers de noms qu'il a dans la tête, mon père, ce militant nationaliste algérien de la première heure, c'est à dire révolté dès les années trente contre les injustices, les inégalités de traitement ; Stora a bien évoqué, dans son exposé, précisément le fait que les militants nationalistes algériens avaient combattu le colonialisme français au nom des principes républicains eux-mêmes, enseignés à l'école publique. ---------Cela est bien vrai, puisque mon père, titulaire du certificat d'études français "à titre indigène"(4) avait mené un combat, dès le début, parallèle à son militantisme ; ce combat parallèle était mené dans sa propre famille, pour la modernité, contre la domination des aînés sur les puis-nés, des branches riches sur les branches pauvres, contre l'organisation de la Société sur le mode du rapport de domination ; c'est à dire, exactement l'idée que Stora avait explicitée, à mon grand soulagement ; je dis cela parce que je n'avais jamais aussi bien " verbalisé " cette idée et Stora l'a fait pour moi, à Tripoli. ---------C'est, au demeurant, ce même combat qui a continué, après l'indépendance en direction de la modernité, au nom des valeurs de liberté et républicaines, par cette génération là et la suivante. Mais ce combat était inégal en ce qu'il s'accompagnait d'une espèce de honte de vouloir changer de mode de vie, de la part de ces petites gens. Cette honte s'est finalement transformée en sentiment de culpabilité, devant le flot des incompréhensions et littéralement chocs culturels qui ont déferlé sur nous, algériens des villes, lorsque la paysannerie a supplanté la couche des employés du système français, qu'il s'agisse du secteur public (les tramways, les "cheminots", les postiers ) ou des ouvriers du secteur privé (de la petite industrie de transformation), qui avaient fait, en majorité, l'ossature, y compris "intellectuelle" du mouvement national algérien avant le FLN et même dans une moindre mesure, après le déclenchement de la lutte de libération nationale. ---------La jonction s'est donc, en définitive, très difficilement faite, vu de l'intérieur, entre ces "européanisés" et la masse de la paysannerie plus culturellement arabe ou provenant des montagnes kabyles, qui, elle aussi, s'est engagée corps et âme dans la "Révolution" et qui lui a donné sa force la plus dominante, dans les maquis. Et c'est, cette ruralité frustre qui est apparue, par la masse, comme le vrai vainqueur du processus de libération nationale, et que les premiers ont été très vite d'abord ostracisés, des fois déjà pendant la guerre de libération et encore plus après. ---------Pourtant, ce combat pour la modernité, c'est ce qui nous motive encore et il y a des gens qui veulent encore le mener, les uns dans le politique(5) , les autres sous de nouvelles formes, chacun à sa manière, selon les possibilités, tous les jours, en Algérie. Ils l'ont bien montré pendant la période la plus difficile du terrorisme, en vaquant tous les jours à leurs occupations, les hommes, les femmes anonymes qui ont tenu le pays à bout de bras. Un hommage particulier revient à tous ceux et ils sont la majorité, qui n'ont pas quitté le pays et qui n'ont pas eu le loisir d'exprimer avec toute la force requise leur attachement aux valeurs pour lesquelles la lutte de libération nationale a été entreprise. ---------Les avancées démocratiques, résultat des luttes sous les formes les plus diverses, depuis celles des étudiants dans les années 60 et 70, puis le " printemps culturel berbère " des années 80 et qui ont culminé sur Octobre 88, ce qui a permis que la liberté d'expression soit conquise, pratiquement pour la première fois, dans l'Histoire de l'Algérie moderne. Car, n'oublions pas que si la vie politique était verrouillée, à la recherche d'une difficile stabilité, pendant les 30 premières années qui ont suivi l'Indépendance, elles l'étaient tout aussi, pour les Algériens, pendant les 132 années antérieures. ---------Finalement, et grâce à la liberté d'expression récupérée, l'idée de ne pas considérer le peuple français comme ennemi, celle de le différencier du fait colonial, principe qui était présent dans le discours de la lutte de libération nationale, a pu finalement faire son chemin, y compris, comme chacun sait, au niveau des institutions publiques et au plus haut niveau de l'Etat, après avoir été estompée au lendemain immédiat de l'indépendance. Ceci pour le côté algérien. ---------Vu du côté français, Stora a aussi démonté les mécanismes du dépassement de la culpabilité vécue par la génération des acteurs immédiats de la " Guerre d'Algérie "ou de la grande population, pieds noirs et les autres, en expliquant, très pédagogiquement d'ailleurs, que l'essentiel de ce qu'il considère être une accélération de l'amélioration du vécu franco-français vis à vis de la guerre d'Algérie, revient au du fait qu'il y a un tournant de générations qui est en cours, un espèce de phénomène de cliquet. Les acteurs politiques aujourd'hui au pouvoir tels que l'ancien lieutenant Chirac qui avait crapahuté dans le " Djebel ", n'avaient pas de mauvaise conscience particulière vis à vis des décisions politiques de l'époque ; il y a en second lieu, ceux qui, aujourd'hui en retraite, passent le témoin de l'Histoire ou soulagent leur conscience(6); il y a enfin, la troisième, si ce n'est quatrième génération issue de l'émigration, les enfants des pieds noirs, ou bien encore les enfants/petits enfants des acteurs directs cités plus haut, qui veulent savoir, pour mieux se projeter dans leur propre avenir. ---------L'exposé de Monsieur Stora était en ce sens fortement clarificateur ; il était surtout dit avec la chaleur d'un homme de cur, je crois ; en tout cas c'est la perception que j'ai eue du personnage que je n'avais jamais rencontré auparavant et dont j'ai plus survolé que lu, les ouvrages, connaissant malheureusement trop bien, cette partie de l'Histoire de l'intérieur. L' économiste-planificateur que je suis, dans mon métier, n'est en outre pas vraiment, ni par choix et ni par formation, un homme concentrant ses efforts sur le passé, malgré l' importance de celui-ci, pour l'avenir. ---------Homme de bon sens aussi, Monsieur Stora, puisqu'il a, tout de go, à la fin de sa présentation, déclaré, simplement et en guise de conclusion que toutes ces (ses) explications ne devaient servir qu'à mieux construire le futur, qui sera nécessairement, commun. La trajectoire historique comme fondement du futur, çà, je connais dans mon métier. ---------2-Je dis que j'appréciais, également parce que de nombreux liens ramènent certains algériens à des rapports personnalisés avec leurs amis dans de nombreux cas, leurs familles, en France et en Europe. Outre les acteurs du réseau des transporteurs de valises pour le FLN , à qui, l'on doit rendre hommage pour leur probité morale vis à vis de l'Humanité, nombreux ont été les françaises et français qui ont engagé et entretenu des rapports privilégiés avec les algériens, de l'émigration ou pas, par choix intellectuel, ou personnel, parce qu'ils sont nés en " Afrique du Nord ", ou que justement, enfants, ils avaient été en France même, particulièrement impressionnés par les ratonnades, les sorties des harkis dans les cafés du quartier, le 17 Octobre et le métro Charonne, ou bien parce qu'ils avaient tout bonnement un ami ou une amie qui s'appelait Mohamed ou Fatma. L'Humanisme français dont ma génération a eu la connaissance dans toutes ses dimensions, avait, bien avant les Algériens fait de la France, une terre d'accueil pour les des immigrés, russes, italiens, espagnol, puis les maghrébins, aujourd'hui les asiatiques Pour les intellectuels opprimés aussi. Jusque, pour nous algériens, dans le drame des années 90. ---------Je ne pouvais également qu'apprécier en pensant à toute cette nouvelle génération qui vit ou étudie en France aujourd'hui, à mes filles, dont celle qui est, à Aix en Provence, là où sont les archives algériennes(7) , petites filles modernes et tout à fait ouvertes sur le monde, du nationaliste algérien, moderniste de la première heure luttant pour l'émancipation, la sienne, comme celle de son épouse qu'il avait obligée, comme tant d'autres à se dévoiler en 1962, à l'Indépendance .(8) ---------Elles y sont revenues, certaines, au port du voile, plus tard exprimant ainsi, le fait que de nombreuses choses de la modernité, y compris à l'époque Ben Bella/Boumediène avaient été trop rapides, mal digérées, trop vite simplement calquées sur les comportements européens considérés comme parangons de la modernité. Les européens, avaient, eux, mis, dans le contexte d'une continuité historique bien difficile malgré tout, des siècles à digérer l'évolution de la société . (9) ---------Tout militant de "l'euro-méditerranéité " se doit cependant de continuer à observer et réfléchir sur les tendances des pratiques qui font l'Histoire. Or, pour nous, tous les murs de Berlin, les anciens et les nouveaux, comme celui qui se construit en Palestine, ne sont pas tombés. Les Vopos (10) ne sont pas toujours ceux que l'on croyait être: l'une de mes anciennes étudiantes qui n'avait pas vu sa famille pendant plus de quatre ans, du fait que la France (laquelle ?) lui refusait un visa, parce c'était une fille, célibataire, et qu'elle résidait à Alger, de ce côté ci de la mer. Cela était dû au fait, simple et de bon sens, non pas qu'elle aurait renié une part quelconque de " francité ", mais qu'elle avait voulu faire des études supérieures ; elle pouvait en Algérie être boursière alors qu'elle ne pouvait pas en France, se faire financer, malgré le fait que le père, avait été soldat en 40 et mineur dans le Nord pendant plus de trente ans .(11) ---------Et pourtant ! On parle souvent et pas seulement du côté français, d'égalité des sexes, de parité homme-femme et de cet " empowerment "(12) autant de mots que l'on nous conseille, pour guérir, une misogynie qui nous serait, nous arabes plus que les autres, consubstantielle, ancrée dans nos gènes ; or il ne s'agit que de faits de culture, de modes de vie différents. On devrait alors considérer, plus benoîtement, que les chemins et les rythmes vers le progrès des uns et des autres sont nécessairement différents, puisque les points de départs sont différents et cesser, pour les, les occidentaux, de poser les valeurs judéo-chrétiennes, en modèle normatif du mode de vie pour le genre humain dans son ensemble, par le simple fait que le monde occidental a, au cours du temps, développé des moyens plus importants, en particulier dans le domaine de la communication, pour faire valoir ces valeurs et son mode de vie face à tous les autres. ---------En fait, pour revenir à ce cas, sa seule tare à cette dame, c'était d'être arabe et moderne, femme vivant seule, à Alger. Elle était ainsi porteuse potentielle de toutes les turpitudes aux yeux de ceux qui étaient les garants consulaires des bonnes valeurs européennes .(13) Et tant pis pour les valeurs familiales ! ---------De ce côté du "mur" il y a pour garder le parallélisme, ce qui s'est appelé pendant plus de 20 ans, "l'autorisation de sortie", c'est à dire un document tout à fait arbitrairement accordé ou refusé de quitter le territoire national, du temps du monopartisme pur et dur, que l'on veut aussi souvent nous re-servir, même si j'ai au fond, beaucoup de respect pour certains de ses militants qui ont pour les plus sincères ont eu la conviction de vouloir servir, le FLN dont la frange rétrograde est toujours active, de même que les démarches de pensée unique, sous le mode islamiste ou sur le mode simplement conservateur ; elles sont encore présentes sous le couvert de l'usage exclusif de la langue arabe, par exemple, que prônent certains, même si le label baasiste (14) n'est plus de mode et que par ailleurs tous les conservateurs en Algérie aimeraient bien tordre le cou à la presse privée .(15) ---------L'histoire des algériens et des français, c'est vrai, est commune sur les 170 dernières années; mais ceux qui en connaissent et ressentent la structuration - parce que cette école républicaine française dont parlait Stora et notre Ministre - sont tellement peu nombreux, aujourd'hui, que j'ai souvent des angoisses. ---------Je m'accroche alors au détour mental de l'euro-médittérranée, peut être pour conjurer le sort et croire que l'on peut contourner la contradiction franco-algérienne. J'espère en tout cas, ne pas atteindre, vaincu par les incompréhensions, le stade de la lassitude, comme il a été vite atteint par beaucoup de nationalistes de la première heure, dont mon père, très tôt après l'indépendance, peut être même avant. Mon père dont l'un des meilleurs potes s'appelait Paul, né à Boufarik, aujourd'hui à la Roche sur Yon. Il ne manquait pas d'aller rendre visite à son ami, à chaque fois qu'il allait en France, malgré le détour. Moi, mon pote de l'école primaire, s'appelait Jean François et nous avions choisi de nous asseoir cote à cote, à la même table, trois années de suite ; les instits étaient français, bien évidemment; il a disparu de ma vie, laissant un vide sidéral, sachant la fraternité que l'on peut ressentir à cet age là, entre gamins, ne s'encombrait pas d'analyses politiques ou historiques de haute volée. ---------Je suis par contre toujours en contact avec le premier professeur qui m'a accueilli dans le vaste monde de l'ouverture d'esprit, en Octobre 1959, en 6ème : il n'a quitté l'Algérie qu'au milieu des années 70 parce qu'il a dû se rendre à cette douloureuse évidence de la difficulté de la vie commune, sur la terre natale, lui dont les ancêtres, juifs berbérisés/arabisés, avaient vécu plus de 2000 ans, en toute légitimité dans le pays. Comme la terre est ronde, c'est cette ancienne étudiante dont je parlais plus haut, qui m'a aidé, un jour, dans des circonstances tout à fait anodines, à retrouver la trace de cet enseignant qui reste, avec quelques autres profs de notre bon vieux Lycée d'Alger, une légende pour tous ceux qui ont vécu cette époque, et dont retrouve encore, l'esprit, tous les soirs, dans les émissions tardives de la Chaîne 3, cette station radio presque aussi mythique qui avait apporté à plusieurs générations d'algériens le souffle de l'esprit ouvert et qui continue de le faire. ---------3- Je vais, à ce stade aussi " verbaliser " ce que je savais implicitement : ma première révolte, interne, qui a fait le reste, a été celle de la répression que subissaient, quand j'étais jeune, les filles -sauf de très rares cas, comme dans notre famille. Elles étaient cloîtrées, et n'apparaissaient carrément pas dans la vie publique. Dans la famille, les filles n'avaient pas le droit de faire ceci, cela ; je m'en suis rendu compte, confusément, que c'était non seulement le cas pour celles qui avaient mon age, mais les adultes, aussi. Ce n'était donc pas seulement quelque chose de défendu, que les adultes imposent aux enfants, pour leur éducation, sans que ces derniers n'en comprennent vraiment les raisons. Non, c'était une discrimination d'une autre nature, qui était plus large et plus profonde, qui en fait comprenait presque tous les moments de la vie, une domination permanente, dont je ne voyais pas la raison Car même dans les familles " libérales " il y avait des pans entiers de l'impossible pour elles (16) Or je crois que la vraie libération de la femme, comme celle de l'homme d'ailleurs, est celle de pouvoir choisir son/ses amours. ---------Il faut, bien entendu, continuer à ouvrir les esprits, sur ces questions, mais aussi sur toutes les autres, qui font l'humain. Il y a la connaissance scolaire, la bonne structuration mentale, les maths et la littérature ; je crois cependant qu'il est tout aussi important qu'il y ait des activités para scolaires de type ciné-club, club de lecture et finalement aussi, monter des groupes de musique, jazz, folk-song, traditionnel algérien ou autre, des chorales, des expos de photos, ou de peinture ou même permettre l'usage de locaux pour des créateurs qui n'en ont pas. Toujours montrer aux jeunes les ouvertures possibles, et non pas les restrictions. Autant que les classes, c'est tout le bouillonnement culturel d'Alger des années 60 et 70 et celui auquel nous accédions, à distance, qui forme. " Lagarde et Michard " d'accord et pour beaucoup, mais pas seulement, je crois. ---------Je repense toujours en fait, à la problématique développée par une pédagogue algérienne connue, qui avait, dans les années 90 caractérisé l'école algérienne, comme étant une école " sans arc en ciel ". L'explication de cette image revient, sans que je ne n'en sois sûr, au fait que seules certaines couleurs sont utilisées dans les manuels scolaires algériens. En tout cas et si j'en vois les résultats sur les jeunes que je côtoie, on n'enseigne pas suffisamment les nuances des tons, celles du passage d'une situation à une autre, du spectre des couleurs et des choses de la vie, pour rester, tout le temps dans le binaire, " blanco-negro "(17) . Le binaire : c'est dans ma tête aussi pour cela que l'islamisme a proliféré parmi les informaticiens et vice - versa .(18) ---------Ce qu'il faudrait, c'est donner au moins les prémisses ou une partie des moyens pour que les jeunes esprits puissent mettre toutes les couleurs, les dimensions, les reliefs dans leurs têtes et leurs vies futures : un peu, beaucoup dans le subsconscient-conscient à l'image des maisons de jeunes qui existaient en France, et dont j'ai vu à peine le principe de fonctionnement lors de passages rapides dans des auberges de jeunesse, une fois ou deux. J'en ai eu des descriptions, notamment par mes proches, dont certains avaient beaucoup fréquenté l'une d'entre elle ; il y a aussi, tout l'esprit, que notre génération avait trouvé à des moments divers, chez certains de nos profs de lettres, d'histoire-géo, de physique même, de langues, de philo bien sûr, avant et après l'indépendance. Une seule fois, mais seulement une fois, parmi un prof d'arabe, qui nous avait mis les auteurs libanais ou égyptiens modernes, émigrés pour certains, en mire .(19) ---------4- Il y a aussi le souvenir du même esprit, chez nos voisins d'il y a cinquante ans. J'avais été invité, quelques fois, dans les groupes scouts (français) dont ils avaient la charge .(20) ---------Je voudrais rendre un hommage particulier à ce couple dont je reconstitue l'histoire, selon mes propres supputations puisque je n'en ai jamais eu la véritable version, bien entendu. Voici ce que je crois : ---------Elle (je n'ai aussi,
jamais su son prénom) belle comme Simone Signoret, un peu la même
tête, qui fume (une femme, vous vous rendez compte !), qui avait
souvent une odeur qui était bizarre pour moi (j'ai compris plus
tard, que c'était l'odeur de l'alcool, car, elle devait tout bonnement
prendre un petit verre de temps à autre) ; autant que j'aie pu
le comprendre, infirmière de profession, qui avait rejoint les
forces françaises en Angleterre et qui de ce fait est arrivée,
avec les anglais, jusqu'en Egypte, probablement en passant en " taxi
pour Tobrouk "(21) . Elle y a rencontré Lui, de la colonie
française d'Alexandrie ou copte ou les deux (à l'origine,
certainement, l'invasion du Général Bonaparte, par la suite
les capitations qui ont donné Dalida, George Moustaki, Claude François,
Henri Curiel, certes mais aussi la " protection " de certaines
catégories de la population locale). Ils sont venus tenter leur
chance en Algérie, après la guerre, lui en qualité
de prof de sport. C'était dans l'ordre des choses, donc qu'il soit
dans les scouts. ---------Moi, j'avais des sentiments ambivalents, conscient de sa bienveillance, qui était certaine, mais tellement d'étrangeté pour moi et ce sentiment toujours coupable vis à vis du fait qu'il et ses enfants étaient français dont il était de bon ton de ne pas être l'ami, parmi nous, les enfants (arabes) du quartier. Et combien de fois, me l'a t on depuis lors reprochée cette proximité mentale vis à vis de ce que je voyais déjà comme une manière de vivre qui était plus " étoffée ", dirais-je, moins dans la médiocrité du quotidien, que ce que je savais être les préoccupations parmi les adultes du côté " algérien ". ---------La maison qu'ils s'étaient fait construire en 1954 (26), d'architecture sobre mais pleine des lignes " formica " de la période, a été bien entendu affectée comme bien vacant à un ancien Moudjahid après leur départ (27). Nous avons appris un jour qu'Elle était morte, trop tôt. Lui, a eu le courage et la force morale de revenir en visite, quelques années après l'indépendance, non pas chez nous, mais chez un voisin, qui était lui, dans les Scouts Musulmans d'Algérie. J'ai lu, mais je ne me rappelle pas où de façon sure, qu'un dialogue constant était entretenu pendant la guerre de libération nationale, par le biais des scouts, entre le FLN et certains libéraux français (28). -------5- Je reviens aux questions d'ouverture d'esprit pour constater que les choses ne sont pas brillantes, en Libye, pour ce qui est de la xénophobie et de "fermeture des esprits", même si je n'ai pas la même profondeur dans ma connaissance des choses, bien sûr. Il y a certainement un facteur religieux dans la démarche. Non pas que l'Islam serait en soi une religion non ouverte, mais plutôt du fait du conflit de civilisation et de la peur, finalement de se voir découvrir, comme le Roi, qui, une fois nu, n'a plus sa solennité. Comme les sociétés musulmanes ont à l'époque moderne bien moins de moyens que les sociétés occidentales, elles se protègent par une carapace, parce que l'intérieur est fragile ou comme quelqu'un qui refuse de consommer de bonnes choses, pour préserver sa santé. Il refuse toute la carte ; pire, il s'abstient d'aller au restaurant ---------Des fois, il me semble aussi que l'incompréhension des deux rives de la Méditerrannée, remonte elle-même, à l'antique combat " croissant contre goupillon ", aux croisades, aux corsaires barbaresques et autres moments forts des chocs successifs qu'ont connu les peuples de la région,(29) . Bien sûr aussi la violence de la pénétration coloniale (30), n'a pas non plus favorisé le dialogue des civilisations dont on nous parle tant, aujourd'hui. ---------Stora a bien démantelé une partie de cette culture du ressentiment qui est latente chez tous les Arabes et peut être tous les anciens colonisés. Mais comment faire quand on sait, on voit, maintenant l'ignominie de la consécration subjective de la supériorité d'une civilisation sur celle des autres, autorisant ainsi les dominations soit physiques, soit, morales, des fois, tout aussi ravageuses (31). ---------Et j'ai cru comprendre, que Monsieur Stora voulait aussi passer un message aux libyens, ce que j'ai cru avoir décrypté, à un moment du débat, lorsqu'il disait que ce n'était pas bon pour la Libye de rester dans l'isolement. J'espère qu'il y aura eu dans la salle des gens pour le comprendre et porter le message plus loin. ---------J'ajoute, pour ma part, en plus de l'isolement, la schizophrénie, cette schizophrénie/paranoïa que nous avons tellement connue, vécue, subie. Peut être même, quand on a été fonctionnaire de l'Etat, portée. Il y avait certes le souci, constant, de construire, et de " restituer " ce que nous avions eu comme ressources de cette Algérie post-indépendance. Nous étions, nous, ces (anciens) jeunes auxquels tous nos profs, étrangers pour la plupart, disaient que nous serions les futurs cadres du pays. Ils savaient tellement de choses et étaient là pour nous les dire, nous les apporter. Alors nous les croyions ! En plus ce pays était à l'époque, porteur de tellement d'espoirs de renouveau et que l'on ne pouvait que croire, si l'on était doué de bonne volonté, ce que disait le Président Boumediene, à savoir que nous avions le devoir du prix de la sueur, lorsque la génération d'avant nous, avait eu, le devoir du prix du sang. Cela vous impressionne ce genre de choses quand on a 15 ou 16 ans, peut être 20, que l'on veut aussi être en communion avec son propre pays, parce qu'il a été meurtri, que les gens ont souffert, même si l'on est structurellement désadapté, et qu'il n'était pas très " in " parmi les jeunes des grandes villes de se montrer patriote, quelque part, parce que le " montage " était européen, malgré la " matière première " locale.
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- ---------Ce que, d'ailleurs,
les islamistes n'ont pas manqué de ressortir, lorsqu'ils disaient
au plus fort de la crise des années 90, qu'ils voulaient faire
quitter l'Algérie aux derniers pieds noirs (32), dans une version
revue et corrigée de la sentence, " la valise ou le cercueil
" qui, comme ma génération le sait, mais les jeunes
et moins jeunes algériens ne le savent pas, était une formule
de l'OAS, à l'origine. L'OAS avait en effet tout fait, pour faire
quitter le pays aux pieds noirs empêchant ainsi ce qui aurait pu
être un autre modèle de décolonisation, ce qui, toutes
choses étant égales par ailleurs a quelque peu, en tout
cas on peut le croire vu de l'extérieur, bien fonctionné
en Afrique du Sud, et en Namibie mais qui semble être devenu au
cours du temps et autant que l'on puisse le savoir de l'extérieur
et par ce que l'on peut en lire dans la presse, un échec lourd,
au Zimbabwe. ---------Le " miroir " de ces choses prend également forme en Algérie, aussi. ---------Dans cet effort, les chaînes de télévision par parabole ont, beaucoup contribué, du côté algérien, à la décrispation des mentalités, du fait que les gens pouvaient avoir accès à l'image des français dans leur quotidien, et d'une certaine manière à l'évolution des mentalités françaises elles mêmes. ---------Je crois cependant que certaines chaînes de télévision françaises dont plus que les autres la défunte chaîne de télévision à sensation, la 5 (33), avaient quand même fait des ravages dans la mesure où elles ont amplifié par la recherche du sensationnel les faits et gestes des dirigeants islamistes, par exemple, ce que ces derniers et leurs propagandistes/spécialistes en marketing politique, ont très bien su exploiter, à la manière de ce que nous voyons 15 ans plus tard à une plus grande échelle, concernant le terrorisme international. ---------Cependant, on peut aussi relever avec bonheur aujourd'hui qu'une télévision comme " Beur TV " qui se dit " méditerranéenne " est totalement dans le ton de ce qui pourrait se faire de bien entre les deux rives Les télévisions marocaines privées aussi. ---------Sur " Beur TV ", on trouve des programmes qui parlent d'autres " métèques ", latinos, africains, en particulier, ce qui me semble tout à fait bien, dans l'optique encore vibrante du tiers-mondisme. Mais sans en faire un mythe, juste pour dire que même pour ceux qui, d'origine algérienne/maghrébine/africaine/ habitent et vivent en Europe, il n'est pas possible d'avoir et de façon exclusive, pour seuls les référents des " Bayard sans peur et sans reproches ", et autres héros, gaulois, du Moyen Age, de la Renaissance, classiques ou même des références historiques plus contemporaines, les Jean Jaurès, la CGTU, Jean Moulin, de Gaulle, Jean Paul Sartre, Boris Vian, Juliette Gréco et tous ces heureux élus de notre jeunesse (Ah Gérard Philippe , Maurice Béjart, Zizi Jeanmaire et son truc en plumes, Noureev qui avait voté avec ses pied et tout ce beau monde placardé sur les pages de Paris Match ou de Jours de France (34)), plus tard Mai 68 , les Editions Maspero, l'ouverture vers l'Amérique par le rock'n'roll, Richard Anthony l'oublié, la grande cavalcade de Roger Pierre et Jean Marc Thibault, l'oreille collée au " transistor " sur Radio Monte Carlo ou sur Maurice Biraud, Daniel Fillipacchi et consorts de Europe n° 1 avec leur tout aussi mythique indicatif de " Salut les copains "(35). Ils nous avaient introduits au Rock n' Roll, puis " aux folles années du twist (36) ". Ils existent en nous, certes, mais ils ne sont pas tout. Nous sommes porteurs d'autres choses même si ces autres choses sont des fois restées à un stade embryonnaire ou qu'elles se sont tronquées au cours du temps. ---------En même temps, tout ce beau monde et ces référents, pourraient réellement devenir une valeur, peut être même ceux des référents de la droite française (37)autant par ailleurs, que la philosophie indienne et autres cultures asiatiques ou mondiales, pour construire l'avenir pluriel dans une dynamique de mondialisation qui ne serait non pas réductrice ou réduite à un seul mode de vie, mais plutôt comme moyen d'expression de la diversité. ---------En fait, certaines de ces choses sont (re)-venues pour nous via l'occident, la culture arabe ayant été laminée en Algérie, où le colonialisme voulait, à la différence des situations de protectorat tunisien et marocain, substituer majoritairement la culture française, à la culture locale. Ces complémentarités culturelles vis à vis du reste du monde, pourraient ainsi être autant de pierres à apporter aujourd'hui à ce qui serait un édifice commun, sans nombrilisme ni chauvinisme, sans également que l'européen, ou l'occidental, ne se considère comme le mentor de toutes les démarches de modernisation parmi les anciens peuples colonisés. ---------Vu comme cela et avec des ouvertures sur des connaissances et des façons de vivre non stéréotypées et conventionnelles, qui peuvent j'en suis sûr, avoir parfaitement cours dans l'Algérie moderne, tournée vers l'avenir, pour peu que l'on accepte, en France et ailleurs en Europe, on pourrait réellement avancer. Il faudrait pour cela que notre image d'algériens soit vue dans sa réalité, pas un simple reflet de la seule conception française du monde appliquée aux algériens ou aux autres peuples (38). Que l'on arrête simplement de nous railler à chaque fois que nous sommes différents ! Si le couscous est également passé du Maghreb vers la France comme plat national, alors on ne peut que se réjouir du succès des " Cheb " Mami, Khaled et les autres qui s'intègrent de plus en plus dans le paysage audio-visuel français, tout comme Macias a très vite été apprécié, musicalement, encore plus avec ses deux CD de musique andalouse constantinoise, malgré l'ostracisme officiel. ---------Alors, ne pourrait-on pas considérer tout bonnement que le voile pourrait faire partie du paysage multiculturel français, tout comme les Français noirs ou frisés, sont par nature, ostensibles. Nul besoin d'en faire un point de fixation, pour le sensationnel, de "chauffer le tambour" comme on dit chez nous ; il faudrait plutôt, de mon point de vue, organiser/tenir au quotidien et au cas par cas, les choses pour que les " m'as tu vu ", et les " gardiens du temple " de part et d'autre de la Méditerranée n'obèrent pas les voies de la reconstruction, de la construction future. ---------Comprenons bien que je ne suis pas pour le port du voile, ni de la barbe, en ce que l'un et l'autre peuvent avoir de provocateur. Dans le même esprit, d'ailleurs, que, à 13 ans, je n'étais pas non plus, pour le port des insignes " pied noir " quand j'étais en 5ème et en 4ème et que certains de mes camarades de classe, les arboraient ou bien s'habillaient ostensiblement en bleu blanc rouge. En direction de qui et à quelle fin ? L'intégrisme n'est jamais bon, tous les intégrismes. On parlait des " ultras " à l'époque de la guerre d'Algérie, pour ceux qui considéraient que leurs valeurs devaient s'imposer au reste. Les fondamentalistes islamistes considèrent de la même manière que leurs valeurs sont les seules bonnes, et doivent être au besoin, imposées par la puissance d'Etat, une fois ce dernier conquis (39) . L'intégrisme laïc, pour se référer à la loi en cours en France, et à la question du port du voile, tendant à imposer un comportement, n'est de mon point de vue, pas plus acceptable que les autres. ---------Comme l'a indiqué Benjamin Stora, on devrait, effectivement continuer à combattre de ce côté ci de la mer, la culture du ressentiment, et je pense que l'on ne pourra pas éternellement encore " facturer " au fait colonial, nos avatars y compris ceux de nos manquements avec lesquels il n'a rien à voir. ---------On devrait, en parallèle en Europe, accepter aussi l'idée que les algériens et autres gens du Sud ne sont pas, ne peuvent pas être, même ceux qui sont des modernistes, une simple réplique, clonée, de français/ européens. Il y a nécessairement d'autres choses chez nous et l'on doit nous regarder sans voyeurisme et sans dérision, ces façons de faire qui finalement hérissent, et qui font que certains se rebiffent: Montesquieu avait montré la voie dans ses lettres persanes. On devrait continuer sur la même lignée, et plus de 250 ans plus tard, il y a encore matière à progrès. ---------J'ai préféré pour entre autres, ces raisons, rester chez moi, parce que mes incursions en Europe m'avaient montré que le seul bon arabe est celui qui se départit de ses valeurs pour se mouler dans le galbe de la culture dominante/dominatrice, en se dépossédant des autres valeurs culturelles dont il serait porteur et qui entraient en conflit avec le mode de vie courant (40). ---------Pire, l'un des personnages vu aussi à Tripoli dans le film " Mémoire d'Immigrés " de Yasmina Benguigui, émigrée de 2ème génération qui fait parler anciens et jeunes, quelqu'un rapporte qu'il (ou elle) avait le sentiment de devoir être en perpétuelle démonstration ; entendons démonstration de " bonnes vies et murs ". Un sentiment que j'avoue avoir souvent moi-même, celui d'être toujours sur le qui-vive, de ne pas se faire " cataloguer " comme " sous-dev ", par ceux qui tiennent les étalons. Difficile à vivre. Alors le choix a été de rester chez soi et essayer de produire, un peu de " développement " dans une dynamique d'action, plutôt que de choisir la pente douce du saut vers l'Europe ou ailleurs, pour se brancher sur la " consommation " du " développement ". ---------Peut être que ce type de mal à l'aise est moindre, maintenant que l'Europe se fait de plus en plus plurielle, si je compare ce que j'ai vu de Paris en 1965, lorsque j'y suis passé pour la première fois et ce que j'y vois aujourd'hui, comme cosmopolitisme et multi-culturalité. C'est vrai de Berlin aussi, que je connais. Probablement des autres capitales en particulier Londres dont on me dit qu'il s'y parle plus de 120 langues. ---------Gardons quand même en tête que l'ancien Président de la République française, Valérie Giscard d'Estaing, avait bien, il n'y a pas longtemps encore, posé à l'échelle de l'Europe dans son ensemble, le vrai contour du débat, concernant la candidature de la Turquie à l'Union Européenne. C'est vrai que les choses avancent vite et que le Chancelier Schroeder appuie officiellement cette candidature aujourd'hui. ---------Je crois aussi que l'on fait vraiment beaucoup d'efforts en Algérie (41) . La vision de la France, de l'Europe a aussi substantiellement changé si j'en crois ce que dit Stora au moins et les chauvins y ont definitely moins voix au chapitre, aujourd'hui, ce qui malheureusement est loin de signifier définitivement : la fragilité des choses a été évidente après les évènements du 11 Septembre 2001 et la réalité de l'attentat du 11 Mars en Espagne ont montré les tendances à l'amalgame facile et à la re-crispation sur soi. ---------Il reste bien en effet, que l'Année de l'Algérie en France a été une bonne occasion pour aplanir les rugosités de l'Histoire entre les deux peuples. Il faut continuer et c'est comme cela que j'ai pensé, que ce serait une bonne chose que la camarade de mon épouse et qui voulait revoir les couleurs de son Maghreb natal, vienne à Alger, chez nous, comme nous allons souvent, à Paris là où se trouvent beaucoup de nos amis, rencontrés au fil des ans, et d'autres parties de notre famille (42). ---------7- Je voudrais enfin ajouter deux derniers points: ---------- il faut suivre avec intérêt l'histoire de l'entrée de Chypre unie ou divisée dans l'Union Européenne. Rappelons quand même, que c'est un coup d'état grec et non pas turc qui a été à l'origine de l'actuelle partition (43). Prenons acte aussi que la Turquie, car l'enjeu est là, ni même la jeune population cypriote turque, ne soutient plus le nationalisme irrédentiste de Raouf Denktash. Si cela marche, l'euro-médittérannée avancera plus vite.
---------Je crois que l'Europe a intérêt à avoir la rive Sud de la Méditerranée et peut être au delà, jusqu'au Golfe, de son côté, pour le troisième millénaire : cinq mille ans d'histoire commune le prouvent .
1/Selon toute probabilité, l'origine
constantinoise de Mr Stora est antérieure à la colonisation
et signifie qu'il a des racines profondes dans le terroir et dans la culture
arabo-andalouse aussi, comme celle de toutes les grandes familles des
villes du Maghreb. Il y aurait à ajouter, dans le même substrat,
la culture judeo berbère . Un de mes amis à Paris, né
dans les Aurès, m'a présenté un jour un de ses meilleurs
amis : un juif berbère des Aurès, qui parlait le Chaouia,
l'une des variantes du berbère en Algérie bien mieux que
lui. 10.-/VOPOS : appellation que la presse occidentale voulait répulsive,
lorsque, en 61, on montrait les gardes du mur de Berlin, au moment de
sa construction et plus tard, à chaque fois, qu'un événement
s'y passait, notamment toute tentative de fuite, échange d'espions,
ou autres impliquant la RDA. Le mot vient de " Volkspolizei "
soit, prosaiquement, police du peuple, qui était l'appellation
officielle de la police en Allemagne de l'Est. Une police de proximité
qui n'avait rien à voir avec la tristement célèbre
GESTAPO (geheime Staatspolizei, police secrète) des Nazis ou la
STASI (Staatssicherheit, sécurité d'état) du régime
communiste. Le fait est que pour ma part, ce vocable de VOPOS m'avait
fortement impressionné, dans les images que " Paris Match
" que nous recevions chaque semaine diffusait au cours de ce mois
d'Aout '61. Une des raisons de mon choix, délibéré,
d'aller voir, " derrière le mur ", 10 ans plus tard,
lorsque le faisceau des circonstances l'a pemis
Je me souviens également
d'un essai que j'ai lu, écrit par une connaissance américaine,
sacrément de droite (red blooded American, comme on disait à
l'époque, à l'orée de la sale guerre du Viet Nam)
, et qu'il avait intitulé, " Alice in Eastberland ",
, un pamphlet écrit avec beaucoup de talent, mais qui, m'avait
sacrément mis mal à l'aise : je ne voyais pas comment on
pouvait mettre autant de préjugés, à l'époque
très forts contre tout ce qui était russe ou rapprochant.
19.-/Mais je lui en sais tellement gré de nous avoir montré, cette fois là, que l'on pouvait être dans le moderne, tout en s'exprimant en arabe : il avait comme cela recollé les morceaux cassés de notre âme, et recréé la continuité en nous. J'ai appris beaucoup plus tard, qu'il avait été un militant important, pendant la lutte de libération nationale, de l'Organisation clandestine du FLN à Paris. 20.-/c'était quand même quelque part, contre-nature, y
compris confusément, dans mon esprit, que d'aller avec des scouts
français/chrétiens, la dualité ayant toujours été
présente dans nos esprits, et la pénétration coloniale
toujours vécue comme un moment de la guerre des religions.. Mais
je le vivais aussi, comme une sorte d'élévation par rapport
à ce que je pouvais faire par moi même avec mes copains arabes
du quartier. Les H. étaient les seuls " européens "
de l'impasse où nous habitions. Quelques autres, un peu plus loin,
mais très peu : il est évident que mon père et les
voisins avaient pu acheter ce lopin de terre là, parce que cela
n'a pas dû être trop cher, vu que 10 maisons plus loin commençait
un véritable bidonville, avec des maisons sans eau courante ni
égouts, construites en parpaing au mieux, mais souvent en contreplaqué
et en tôle. J'y passe tous les jours maintenant et je mesure la
différence apportée par l'Indépendance.
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